Carnet de course par Stéphane Valery

Le 1er novembre, Parvis de la Défense,

le départ

Et puis c’est le moment du départ tant attendu, du vrai départ, tant attendu et tant redouté aussi. On ne quitte pas ses plus chers amis, sa famille surtout pour une épreuve où l’on sait très bien que l’on va frôler dépasser les limites comme on part pour un voyage d’agrément.

Ce moment tant attendu, qui a occupé tant de place dans l’année qui s’est écoulée, qui a tout bouffé ces dernières semaines, ce moment-là, ce départ est en train de me voler au mien.

Nous ressentons tous ce point de tension extrême entre le soulagement de partir enfin et le déchirement de laisser tous ces gens derrière soi … Ma famille, mes amis, mes Compagnons d’atelier. Nous l’avons tous cette boule au creux du ventre qui inexorablement nous monte à la gorge.

Les adieux. Les bras se serrent, les larmes au bord des yeux, des mots qui ne se disent pas. Mais je sais très bien qui crève d’envie de venir, je sais très bien qui, parmi toutes ces personnes qui vibrent autant que moi pour la course, je sais bien qui m’a tellement porté à bout de bras depuis si longtemps que mon team, ma course sont un peu, beaucoup les leurs. Ils me comprendront. Ils se reconnaîtront, il se reconnaîtra.

Je monte dans le proto, isolé dans ma bulle, comme pour me préserver de l’émotion palpable. Je ne suis déjà plus là, je suis déjà là-bas …

 

 

En route !!

Le 1er novembre : la première étape à Olivet

Direction Olivet !

Les essais et le rodage que nous n’avons pas pu faire, nous les ferons en situation ! Finalement, je ne savais travailler qu’à l’arrache, pas assez organisé, toujours à la bourre …

 

Liaison jusqu’à Olivet … Moins de 3000 tours, autoroute, encore un peu de patience avant de faire miauler les chats en Afrique.

Et nous voilà au moment tant attendu du décompte. Bernard donne le carton au commissaire de course … pour la première fois depuis un an, le temps s’arrête. Tout se décompose dans ma tête. Je ne vois plus que la piste devant moi. Je pose les mains sur le volant mécaniquement, comme toujours à la même place, la bonne. Respiration. Toujours le même rituel. Je ne vois plus personne, ne réponds que machinalement aux autres … Juste la lucidité de découvrir le rituel de Bernard qui lui ouvre la portière une dernière fois et se racle la gorge. Il le fera à chaque départ de spéciale. Chacun son rituel à l’image du duo que nous allions former : si différents mais en phase. Une spéciale si différente de ce que nous allons trouver par la suite. Mais beaucoup de plaisir ! De l’eau de la boue, du gras … une petite cours de récréation en avant-goût des pistes envoutantes de l’Afrique. Le petit souci d’humidité sera très vite réglé ! Et cela aura fait un peu de spectacle. Bilan : le proto marche fort mais je suis allé tranquille.

 

 

 

Séquence émotion : nous mettrons une heure et demie à trouver l’origine d’un bruit plus qu’inquiétant sur le moteur du proto. Ce n’était rien, juste la jauge à huile qui touchait le vilebrequin.

En route pour Narbonne où il va falloir s’occuper des ailes du 6 roues : ça frotte un tantinet au niveau des roues arrières !!

Cette petite étincelle dans les yeux est le seul sens de tout cela

 

Les 2 et 3 novembre :

Étape “familiale” à Narbonne

Il fait nuit quand nous arrivons à Narbonne, un peu plus tard que l’heure escomptée suite à deux séances de mécanique improvisée … faut pas perdre la main !! En effet, les véhicules sont partis sans mise au point finale.

Petite pause en territoire ami, là où il y a pile un an j’avais rencontré des gens qui depuis sont devenus des fidèles. Toute une bande nous attend : des connaissances du Dakar d’antan, du forum landmania et ses “fournisseurs en énergie occitane et forum sud 4×4, des potes, des amis, des proches. Merci José pour la livraison express sur l’autoroute.

Alors là tout se bouscule un peu …

Saluer les uns, papoter avec les autres et surtout retrouver une partie de mon clan si important pour moi qui y puise tant d’énergie.

Les clopes et les coups de fils s’enchainent comme d’hab. (Faut absolument que j’arrête de fumer … de téléphoner aussi ??) , et bien sûr il faut encore fignoler les véhicules !

Donc au milieu de tout ce petit monde qui s’agite autour de moi, Bernard et moi nous nous occupons de mettre une Ikea Touch’ au proto en réalisant un support pour nos affaires. Séance bricolage!

En revanche du côté du 6 roues, c’est le morceau de bravoure. Jean Christian a mis de côté le tricot et la dentelle pour sortir le groupe électrogène et, disqueuse en main faire un sort aux ailes et bas de portes qui frottent un peu (si peu …) au niveau de la première rangée de pneus arrières. Effectivement cet insecte a été conçu pour porter de très lourdes charges mais sur les pistes lisses d’un aéroport … Même les suspensions les plus dures sont à leur limite pour porter tout le poids de cette énorme carcasse et du chargement!

Dans ce qui est pour l’instant un paddock et qui sera par la suite un bivouac les affinités commencent à se tisser avec les autres concurrents. Elles se confirmeront par la suite.

Le magnifique proto de Jean-Marc Crespin.

Roland qui a engagé son disco Camel Trophy sur l’épreuve avec Bernard, ancien participant du Camel Trophy.

Dernière soirée en France, un semblant de tribu se constitue naturellement autour du team. Au milieu des rires, des réflexions parfois taquines voire vachardes, notre team est en train de se souder. Une petite famille est même en train de naître.

Le café du matin tous ensemble autour d’une grande table.

Direction le Château de Montplaisir où va se dérouler l’épreuve du jour. Il va y avoir du sport.

On est tout simplement bien tous ensembles.


Le tout début d’une aventure.


Jean-Christian, un pilote au gros cœur.

Je l’ai décidé, aujourd’hui je vais commencer à lâcher les chevaux.

La garrigue, le vent, la mer, les vignes, un charme rude mais prenant. C’est tout simplement beau.

 

A ce moment-là, je commence à comprendre à quel point Bernard est bel et bien le meilleur copilote que j’aurais pu trouver (ne lui répétez surtout pas que je vous l’ai dit!), et en fin de compte, je me réjouis de tous les refus que j’ai eus avant et qui finalement m’ont permis de le rencontrer. Le scratch sur la première spéciale.

 

Encore un dernier point méca avant prendre la route de l’Espagne : le proto est monté sur un pont (bon ok ça ne le fait pas une touche moderne) : vidange et graissage sur le proto ; et du côté du 6 roues vérification des amorto (ce sera son point faible !), sans oublier de faire les réserves en huiles diverses et variées.

A ce moment-là, le clan se sépare : les uns partent en course retrouver le soleil et le sable du désert, les autres restent en France en coulisse, dans l’ombre. Mais la suite nous montrera à quel point, cette armée de l’ombre est importante …

Position : 4ème au classement historique

 

 

Le 4 novembre : la traversée de l’Espagne

Pffffffff !! Pas spécialement de commentaires, pas spécialement de photos … mouais, de la route quoi ! Ni les véhicules, ni nous ne sommes faits pour ça !

Et malgré tout devant cette épreuve ô combien stimulante (sic), nous nous relâchons un tantinet, erreur de navigation, un truc à la con … Normal!

Seul fait notable, un de nos compagnons de route, Roland qui s’est engagé avec un magnifique Disco du Camel Trophy a des soucis mécaniques et pense arrêter. J’ai tout fait pour le persuader d’aller le plus loin possible, de tout faire pour fouler le sol africain. Sa démarche aux antipodes de la mienne est tellement belle et élégante. Un véhicule de légende sur un parcours de légende mérite le respect voire l’admiration.

Une pensée pour toi Roland :

 

Position : 2ème au classement historique

Lundi 5 novembre Nador – Erfoud

Première étape africaine. Enfin nous y sommes !!

 

Un an de préparation, les dernières semaines à un train d’enfer (je vous l’ai déjà dit, j’étais à la bourre, tout à l’arrache), tout ça pour ça, l’Afrique. Toutes ces images qui me font toujours rêver, qui m’obsèdent, Jean-Claude Bertrand, Thierry Sabine, Daniel Balavoine, Zaniroli, Pescarolo et son proto Halt Up qui part en fumée, Auriol fou de douleur les chevilles cassées … Maintenant, nous y sommes.

Dans cette étape, on s’est bien marré, on a mis du bois ! Des pistes magnifiques d’une couleur presque ocre par endroit. Des trajectoires à prendre au milieu de collines légèrement boisées …

Les véhicules ont bien marché. Super boulot de nav., le résultat ne s’est pas fait attendre : jolie remontée au général pour les deux véhicules.

 

Et ce plaisir de traverser des villages, de faire un bout de route avec certains concurrents … une fois qu’ils ont réussi à retrouver la bonne route que lui, Bernard m’a indiqué sans hésitation aucune … La grande classe.

C’est vrai Bernard, ce jour-là tu as été le meilleur !!!

Tant de sensations, tant d’images que l’on aimerait partager avec vous, pour “faire vibrer ce qui partent et faire rêver ceux qui restent” (Thierry Sabine).

Position : 1er au classement historique, dans les 10 premiers au général tout catégorie confondue.

Le 6 novembre : Erfoud – Tagounite

Nous sommes de plus en plus au point. Le véhicule et l’équipage ont trouvé. Nous prenons la tête du classement historique et talonnons les premiers du général.

Un grand moment de grâce dans un paysage sublime. Deux proto hors norme comme sortis d’un noble passé font parler la poudre et mordre la poussière. Une amitié qui naît par volant interposé. Nous avons partagé ce moment magique qui vaut bien des victoires. Les images, gravées dans ma mémoire à tout jamais, fallait y être …

Seule ombre au tableau de la journée : un plantage du 6 roues qui fait ce qu’il peut avec ses 4 tonnes. Il sera indispensable d’optimiser son équilibre et son chargement en attendant le doublage des amorto du pont intermédiaire. Travail jusque tard dans la nuit. Je suis sur un nuage. Le proto est au top. Des rêves et des projets plein la tête.

Position : 1er au classement historique, 4ème au général toute catégorie confondue.

 

Le 7 novembre : Tagounite …

Au petit matin, l’opération amorto sur le 6 roues s’avère avoir été rondement menée par une super équipe de mécano sur place … des mécano sans aide technologique, sans support informatique … mais un vrai savoir faire, un vrai sens de la machine qui doit tourner et bien !

 

Et encore un moment de grâce absolue, passage très technique, difficile à gérer à grande vitesse, mais les indications de Bernard sont parfaites, le proto est à la hauteur et je le connais de mieux en mieux. Nous savons que la performance est là. Que là dans ces moments-là, nous sommes imbattable parce qu’à nous trois, “nous pouvons être les meilleurs”.

indicible …

4000 tours en 5ème, vitesse estimée ??? 170 pour le moins ! Virage à droite, compression, crevaison lente, le pneu arrière gauche déjante. Et là, cette impression que tout va très vite et très lentement à la fois. La trajectoire du véhicule devient ingérable. Je rétablis le proto une fois, deux fois, trois fois … Quatre, cinq, six, sept tonneaux, je ne sais pas … Puis le silence. Couper moteur, sortir rapidement du véhicule, le remettre sur ses pattes. Ça c’est fait ! Bernard commence à souffrir du dos. Téléphone, hélico, Zani. Hébété et sous le choc. Jean-Marc s’arrête, déclenche sa balise, et reste pour nous soutenir. Le proto en miettes, Bernard coqué, évacué en hélicoptère restant pro jusqu’au bout, avec le sourire.


Tiens, les cales pour les fameuses étagères Ikea Touch de Bernard …on ne laissera rien sur place !

Il est bien touché, mais, il n’est pas mort !

Il faut que j’appelle ma famille, et de suite les amis restés en France sans qui rien ne serait possible. La cellule de crise se met en place. Jean Christian et l’équipe du 6 roues arrive et nous prennent en charge ! Champagne avec Zani, ça s’arrose ! Remettre une roue neuve sur le proto, ramasser les morceaux, bref nettoyer toutes les traces de notre passage. Puis manger de la poussière et des cailloux pendant 150 kilomètres coincés dans ce qui reste du proto tracté par le 6 roues jusqu’à Tata.

Le 6 roues doit continuer la route, Jean-Christian et moi insistons … il le faut ! Pour Bernard qui lui fulmine contre tout le monde parce qu’il veut reprendre la route pour terminer la course et rallier Dakar … avec un proto explosé, roulant mais explosé et une vertèbre dorsale fêlée … Mais bien sûr. Un fou furieux !! Un comme je les aime … Les stickers du numéro 119 sont collés sur le 118. A ce moment-là est définitivement scellé le ciment de ce team qui est déjà en train de renaître !

Position : abandon. Partis 4ème du général toute catégorie confondue à la chasse de la première place au moment de l’incident.

 

 

 

Le rapatriement du proto.

La soirée fut difficile, mais avoir Bernard au téléphone, le sentir avec ce moral extraordinaire, cette soif de piste … ça m’a regonflé à bloc !

La caisse est H.S. c’est vrai mais la structure de base, le châssis … Tout a l’air de tenir la route! De toute façon, il est hors de question de la laisser là bas dans ce bout de désert, que je respecte ; et hors de question de ne pas rentrer avec le proto dans son intégralité avec moi, même en kit ! Je vais le reconstruire ! Il va renaître de ses cendres le Phœnix !

L’armée des ombres me prépare le retour depuis la France.

Direction Nador, le ferry le vendredi à 18h, arrivée à Sète le dimanche dans l’après-midi.

Un voyage qui ne fut pas de tout repos, tentative de vol, tentative de racket, tentative d’entrée frauduleuse dans la territoire via ce qu’il reste du coffre … rien ne me sera épargné! J’ai été à deux doigts de m’ennuyer !! Mais la logistique de la base arrière fonctionne à merveille … Tout est prêt, en deux jours, je me retrouve moi ainsi que ma monture en région parisienne …

Nous sommes tous les trois, Bernard, moi et le proto des miraculés … ce sont les sièges baquets qui ont arrêté la descente des arceaux … Vous voulez un souvenir de course ?? N’hésitez pas … Une manière comme une autre pour vous d’avoir un souvenir unique (ça, on ne peut pas mieux !!) et de participer à la reconstruction de nos véhicules. Juste un détail, la portière gauche est déjà prise !!

Une seule chose compte … la reconstruction! (mais ce sera une autre histoire, c’est déjà une autre histoire à l’heure ou j’écris ces mots !).

à très bientôt pour d’autres aventures. Nous nous rappellerons très vite à vous tous !

 

Mais je laisse la parole à mon co-équipier de la première heure, de la première transaf’ …

le journal de Stéphane Cassier …

3 responses

23 12 2007
seb

L’Afrique est la dernière école de la vie, de beaux exemples de fraternité et d’entraide, des gens qui ne possèdent rien ou pas grand chose et qui sont quand même là pour t’aider à vivre ton rêve. Les meilleurs souvenirs sont souvent l’accueil, le sourire, la débrouillardise, la simplicité et la poignée de main que jamais tu n’oublieras.
Un bel exemple pour nous qui avons tout et qui malgré tout ça arrivons encore à nous noyer dans un verre d’eau.
Merci Stéphane et content de découvrir qu’en fait vous étiez les premiers là bas !!

5 04 2008
Pandarouge

Mince j’ai versé ma larme pour de vrai sur l’histoire du tonneau… Si a l’avenir qq me demande si ça va, promis, je ne répondrai plus jamais que « ça roule » ! A+

24 08 2008
Dominique Elut

Alors tu repart avec nous sur la Transafricaine 2008 ?

pour info j’ai un 110 TD5 maintenant

a plus bon courage pour la prépa du nouveau jouet

Dom

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